Luxation de rotule
Chirurgie de l'instabilité rotulienne
Définition
La luxation de rotule est une pathologie fréquente du genou, en particulier chez les sujets jeunes et sportifs. Elle correspond à un déplacement anormal de la rotule en dehors de sa position normale dans la gorge trochléenne du fémur - le plus souvent vers l'extérieur (luxation latérale).
La stabilité de la rotule dépend de plusieurs éléments : la forme de la trochlée fémorale, le ligament fémoro-patellaire médial (MPFL), le muscle quadriceps et l'alignement global du membre inférieur. Un déséquilibre de ces structures favorise la luxation.
Cette situation expose à un risque de récidive si elle n'est pas correctement prise en charge. Une luxation récidivante entraîne des lésions cartilagineuses progressives et une instabilité chronique invalidante.
Diagnostic
Le diagnostic est clinique. L'IRM et le scanner sont indispensables pour analyser les facteurs anatomiques prédisposants et les lésions associées.
- Douleur brutale du genou lors d'un traumatisme
- Déformation visible avec rotule déplacée vers l'extérieur
- Impossibilité de bouger le genou
- Sensation de 'déboîtement' ou de 'sortie' de la rotule
- Gonflement rapide (épanchement articulaire)
- Signe de l'appréhension rotulienne positif : crainte du patient à la poussée latérale de la rotule
- Douleur à la palpation des bords de la rotule
- Hypermobilité rotulienne dans le plan frontal
- J-sign : basculement de la rotule en extension terminale
- Épanchement articulaire résiduel
Examens complémentaires
Le bilan permet de confirmer la luxation, évaluer les lésions associées et analyser les facteurs anatomiques prédisposants pour orienter le traitement.
- 01Radiographies du genou
Analyse morphologique : hauteur de la rotule (indice de Caton-Deschamps), profil de la trochlée, recherche d'une fracture ostéochondrale.
- 02IRM du genou
Examen clé : visualise les lésions du MPFL (ligament fémoro-patellaire médial), les lésions cartilagineuses ou ostéochondrales, et l'épanchement articulaire.
- 03Scanner (TDM)
Analyse précise de l'anatomie osseuse : mesure du TA-GT (distance tubérosité tibiale - gorge trochléenne), torsion fémorale et tibiale, dysplasie trochléenne. Indispensable pour la planification chirurgicale.
Traitement
En cas de première luxation sans complication ni facteur anatomique majeur, le traitement est le plus souvent conservateur.
- Réduction de la luxation en urgence (souvent spontanée ou réalisée aux urgences)
- Immobilisation courte par attelle de recentrage rotulien (2 à 4 semaines)
- Rééducation intensive : renforcement du vaste médial, travail proprioceptif, contrôle de la flexion
- Orthèse rotulienne pour les activités sportives en cas de gêne résiduelle
- Surveillance : à discuter en cas de facteurs anatomiques défavorables (TA-GT élevé, dysplasie trochléenne)
La chirurgie est indiquée en cas de récidive, de luxation associée à une fracture ostéochondrale, ou de facteurs anatomiques majeurs prédisposant à la récidive.
- Reconstruction du MPFL (ligament fémoro-patellaire médial) par greffe tendineuse : traitement de l'instabilité rotulienne pure
- Ostéotomie de la tubérosité tibiale antérieure (TTA) : abaissement et/ou médialisation pour corriger un TA-GT élevé ou une rotule haute
- Trochléoplastie en cas de dysplasie trochléenne sévère (rare)
- Arthroscopie associée pour traiter les lésions cartilagineuses et nettoyer l'articulation
- Durée opératoire de 45 à 90 minutes. Attelle articulée autorisant la flexion progressive pendant environ six semaines, rééducation sur quatre à six mois